le droit à la paresse

Le droit à la paresse est un livre écrit du temps où les hommes révaient ou ésperaient, ce qui est parfois la même chose. Paul Lafargue en est l'auteur.

Tuesday, October 11, 2005

Le mythe de Sysiphe

Il faut imaginer Sysiphe heureux nous dit Camus. Dans l'Agora, vol 7, no 1, 1999, Helene L., redactrice du journal ci-dessus nommé, voit notre malheureux Sysiphe en femme de menage luttant chaque jour contre les besoins domestiques de son intérieur. Elle envisage même de l'imaginer heureux.
Moi, je vois Sysiphe luttant contre la mort, ou du moins essayant de survivre et je peux tout aussi bien l'imaginer heureux. Dans la mesure où Sysiphe n'est pas un simple humain - il est un demi-dieu - il ne peut pas mourir et est donc condamner à une souffrance indéfinie et infinie (bien-sur).
L'absurdité de sa démarche est de pousser devant lui un énorme rocher le long d'une pente et chaque fois que Sysiphe se rapproche du sommet son caillou gigantesque lui fausse companie et retourne en roulant tel une pierre n'amassant pas mousse (ne pas confondre avec Rolling Stone) au plus bas de la pente. A cette instant, notre héros ne baissant pas les bras, mais bien au contraire retroussant les bras de sa chemise trempée de sueur fumante, reprend son souffle et un grand sourire fendant sa face d'enfant imberbe, le vent frais brisant dans ses cheveux blonds, les dents blanche, il tourne les talons et retourne dans la vallée. Voilà, en cet instant qu'il croit unique mais qui se reproduira infiniment à l'infini, Sysiphe est heureux. Il est soulagé. Son bonheur vient du fait qu'il ne pert pas l'éspoir, ou qu'il a completement oublié qu'en bas la pierre l'attend, sinon il ne croit pas à l'infini et sait très bien qu'un beau jour tout prendra fin, alors à quoi bon, il faut lutter. Tel est la dualité et le dilemme de Sysiphe: sa souffrance au moment ou elle est souffrance est éternelle mais en même temps elle lui fait comprendre sa finité.
Il faut, comme le disait si bien Camus (le bon maitre) imaginer Sysiphe heureux. Et son bonheur est du à sa conscience.